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Gueule cassée, Johan Héliot

Bonjour ! En ce premier week-end de vacances, on se retrouve pour une nouvelle chronique littéraire. Il y a quelques jours, j’ai terminé Gueule cassée de Johan Héliot, un roman publié chez Scrineo. Un roman touchant que j’ai pris beaucoup de plaisir à lire et à chroniquer dans cet article. Ici, vous pouvez retrouver mon avis complet sur ce roman ainsi que des idées d’exploitations pédagogiques.

Mon avis personnel

J’ai beaucoup aimé cette lecture qui a rythmé mon mois de septembre et tombait à pic avec notre progression de 3ème.

Tout d’abord, j’ai aimé le personnage de Jean qui est assez singulier. Gueule cassée est un roman sur la Première Guerre mondiale mais, pour une fois, nous avons affaire à un soldat qui est avant tout un artiste. J’ai aimé le fait que le personnage soit sensible mais aussi ambitieux et déterminé. Ce caractère, peu commun dans les romans sur la Grande Guerre, l’a rendu attachant et assez complexe pour m’intriguer. D’ailleurs, en se rendant sur le front, ses motivations sont bien différentes : il voit la guerre comme une opportunité d’émancipation et de changement de vie.

Ensuite, j’ai aimé l’histoire familiale du personnage et la place accordée à la famille. Dans ce roman, on parle de la guerre mais on parle aussi de pudeur et de liens familiaux. On découvre une situation qui a dû être celle de beaucoup de jeunes hommes à cette époque puisque Jean est incompris par ses parents. Il a d’autres ambitions et ne souhaite pas suivre le chemin qu’ils ont tracé pour lui, celui d’un ouvrier de banlieue parisienne. Je retiens notamment le passage de son départ, lorsqu’il quitte la maison familiale pour rejoindre le centre de recrutement. C’est une scène pudique mais terriblement émouvante. Jean est confronté aux larmes de sa mère qu’il ne sait gérer et au silence de son père qui en dit pourtant long sur ses émotions.

Puis, j’ai aimé la place accordée aux regards « des autres ». C’est le fil rouge du roman puisque Jean, dès le début de l’histoire, devient une gueule cassée. L’intrigue tourne autour de sa reconstruction, de l’acceptation de sa nouvelle apparence, de l’apprivoisement du regard de la société… J’ai trouvé son évolution sincère, ses sentiments légitimes et ses remarques justes. Je retiens surtout la scène de son premier vernissage, lorsqu’il présente ses œuvres à un public bourgeois et parisien.

Enfin, j’ai aimé traverser la période de la Première Guerre aux côtés d’un personnage. On suit l’Histoire à travers son regard et c’est un regard artistique qui est intéressant. Au fil des passages, on rencontre des artistes bien réels comme Picasso, Cocteau et Apollinaire. Le roman les fait vivre et leur donne la parole, ce que j’ai apprécié. Ces personnages apportent une dimension culturelle à l’histoire, à laquelle je suis sensible. Je retiens aussi la présence de Yves Picot, « le père des Gueules cassées », dont on parle peu dans la littérature jeunesse et qui est pourtant une figure intéressante.

Pour résumer, j’ai aimé ce roman sur la Grande Guerre qui raconte aussi la naissance d’un artiste et sa difficulté à trouver sa place dans ce monde. Ce sont des thématiques auxquelles je suis sensible. J’ai été surprise par le personnage principal qui ne ressemble pas à ceux que j’ai l’habitude de rencontrer dans mes lectures. J’ai d’ailleurs vécu des moments d’émotions avec lui, notamment lorsqu’il parle de ses parents.

Quelques idées d’exploitations pédagogiques…

Idée n°1 : Le portrait d’un héros atypique

Comme je vous le disais dans mon avis personnel, Jean est un personnage atypique ce qui le rend intéressant à analyser. Plusieurs extraits nous le présentent comme un héros sensible mais aussi un artiste ambitieux et un jeune homme en construction.

J’imagine parfaitement une séance permettant de découvrir différents héros de la Grande Guerre. Jean y aurait parfaitement sa place. On peut imaginer une séance basée sur plusieurs corpus, chacun présentant un héros à travers des extraits choisis dans leurs œuvres respectives. Chaque corpus serait ensuite lu et analysé par un groupe d’élèves qui serait chargé de dresser le portait du soldat présenté.

Cette vitrine de héros pourrait ensuite servir de base pour un travail d’écriture. Elle peut aussi lancer le début d’un défi lecture puisque les romans proposés peuvent former une sélection à découvrir.

Idée n°2 : L’exposition au CDI

Le roman propose une multitude de références artistiques. On y retrouve des noms et certains artistes deviennent des personnages à part entière du roman. On y retrouve également la mention de plusieurs œuvres d’art. D’ailleurs, le dossier final reprend ces personnages et ces œuvres pour les présenter aux lecteurs. En partant de ce dossier et des diverses références, on peut imaginer une exposition.

Il s’agirait de choisir l’une des œuvres artistiques mentionnées dans le roman (on peut d’ailleurs élargir en proposant nous-mêmes des œuvres) et de la présenter lors d’une exposition. On peut confier plusieurs tâches aux élèves : faire des recherches, analyser l’œuvre, l’associer à un passage du roman, rédiger une petite présentation…

Cette exposition pourra ensuite être présentée au CDI pour en faire profiter le plus grand nombre et pour chercher des réactions et de l’interaction.

Idée n°3 : Un bilan argumenté

L’un des aspects que j’ai le plus aimé dans ce roman est sans conteste la variété d’émotions et la sincérité de celles-ci. Jean est confronté aux regards de son entourage, de la société, d’inconnus… et ces regards sont variés. Ils sont aussi révélateurs de la société de l’époque et sont donc intéressants à analyser.

Au sein d’une séquence, basée sur un groupement de textes, on peut donc imaginer l’analyse d’un corpus. On pourra choisir des extraits qui présentent des regards et des réactions variés (la tolérance, le dégoût, le rejet, la pudeur, la curiosité…). On pourra ensuite demander aux élèves d’analyser ces réactions et d’identifier ce que cela révèle sur la société. On pourra d’ailleurs élargir en commentant l’évolution de ce regard et sa persistance de nos jours.

Cette analyse de corpus pourra s’achever par la rédaction d’un bilan argumenté qui permettra de croiser les analyses et les faits identifiés.

Idée n°4 : La réécriture

Plusieurs passages du roman sont touchants par les émotions transmises mais également frustrants parce qu’ils ne révèlent le point de vue que d’un seul personnage, Jean. On comprend que ses interlocuteurs pensent plus qu’ils ne disent mais on n’accède pas à leurs pensées. On peut donc facilement imaginer un travail d’écriture basé sur un changement de point de vue. Plusieurs passages me semblent adaptés à ce travail de réécriture :

  • Le départ et les adieux avec sa mère, à Pantin.
  • La rencontre avec Isabelle à l’hôpital.
  • La rencontre avec Paul Guillaume.
  • Le premier vernissage à Montmartre.
  • Les retrouvailles avec son père à l’hôpital.
  • …
Idée n°5 : Le projet interdisciplinaire

Plus haut, je vous proposais une exposition tournée vers l’art. Cependant, on peut aussi imaginer une exposition interdisciplinaire qui croiserait le français, l’histoire et l’art plastique. Le thème de cette exposition serait les Gueules Cassées : « Les artistes et les corps blessés par la guerre« .

On peut imaginer une exposition en trois parties : la guerre et ses conséquences sur le corps, les représentations artistiques de la guerre et des blessures & le retour à la vie civile et le regard de la société.

Cette exposition pourra croiser des données et des informations historiques, des extraits de textes (et pourquoi pas de films), des œuvres d’art… Je pense qu’il est possible de construire quelque chose d’intéressant et de complet.

Idée n°6 : L’écrit de réflexion

En lisant le roman, j’ai noté plusieurs questions qui pourraient faire office de sujets pour un écrit de réflexion. Je vous partage ces questions :

  • Comment l’art témoigne-t-il des bouleversements d’une époque et contribue-t-il à la traverser ?
  • Comment la guerre continue-t-elle à marquer les individus et la société après les combats ?
  • Comment un artiste construit-il son identité dans une époque marquée par les bouleversements historiques ?
  • Comment un écrivain parvient-il à faire ressentir une émotion sans la nommer explicitement ?
  • Pourquoi les artistes et écrivains racontent-ils la Première Guerre mondiale ?

3 bonnes raisons de lire Gueule cassée de Johan Héliot !

Pour finir et conclure cet article, je vous propose trois bonnes raisons de lire ce roman. Je vous le recommande évidemment, aussi bien pour vous-même que pour vos élèves ou vos enfants. 

  1. Un héros atypique qui marque par sa sincérité et par sa détermination. On découvre un soldat différent, qui se bat pour autre chose que la vengeance et l’héroïsme, mais aussi un artiste qui se cherche.
  2. Une traversée de la Première Guerre mondiale avec un regard de l’intérieur, celui d’un soldat blessé dès le début de la guerre. Et une traversée différente parce qu’éclairée par l’art et les rencontres artistiques.
  3. Une histoire de résilience et de courage qui propose des passages émouvants et touchants. On se questionne sur notre propre rapport à la différence et à la tolérance.

J’espère que cette chronique vous aura plu et qu’elle vous aura donné envie de découvrir Gueule cassée. Pour ma part, c’est un roman que je vais conseiller à mes élèves et que je vais déposer au CDI pour qu’il soit lu.

Si vous l’avez déjà lu (ou si vous revenez par ici après votre lecture), n’hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé ! Je serais curieuse d’en discuter avec vous.

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